Shamsia Hassani: la première femme afghane à peindre des murs

Shamsia Hassani: la première femme afghane à peindre des murs

Première street artiste afghane, Shamsia Hassani peint des femmes en burqa et bouscule les traditions. De quoi agaçer une nouvelle fois les tenants d’une culture « anti-voile », et désormais, « anti-burkini »…

 

Qui n’a pas entendu parler de ces fameux arrêtés anti-burkinis, qui n’ont cessé de croître en France ? Sept communes avaient déjà interdit sur leurs plages ce vêtement de bain couvrant tout le corps et une partie du visage, avant que le Conseil d’Etat ne les annule. Cette tenue, et plus généralement la burqa, serait, selon les mots du Canard Enchaîné, « une atteinte à la liberté d’expression des femmes musulmanes ». Bien evidemment… Mais plutôt que de s’écharper sur quelques burkinis, Shamsia Hassani a décidé de se pencher sur le vrai fond du problème, l’accès à l’éducation des femmes musulmanes.

 

Peindre le changement

Ces femmes sont au cœur même de l’œuvre de Shamsia Hassani. Elle les peint dissimulées sous des burqas bleues, parfois recouvrant leur visage d’un simple foulard. Pourtant, ces Afghanes qui émergent sur les murs de Kaboul sont loin d’être soumises. « Je veux montrer que les femmes sont revenues dans la société afghane avec une force nouvelle. Ce n’est plus la femme qui reste à la maison, c’est une nouvelle femme. Elle est pleine d’énergie, elle veut tout recommencer », a-t-elle déclaré au Art Radar.

 

shamsia femme voilée 1       shamsia femme voilée 2

 

La preuve en est avec Shamsia elle-même ! Si son existence en tant que street artiste était inimaginable quand les Talibans faisaient leur loi, elle est aujourd’hui un des nombreux exemples d’un Afghanistan qui change.

 

Un art contre la guerre, pour la femme

Née en 1988 à Téhéran, à la fin de la Guerre Froide et au début de nombreuses périodes de guerre civile, des Talibans et des interventions américaines … elle n’a que trop rarement connu la paix ! Aujourd’hui, la jeune femme de 28 ans, également prof à l’université de Kaboul où elle a obtenu son diplôme, est l’une des rares femmes street artiste en Afghanistan. Un statut difficile à porter qu’elle assume pleinement …

 

shamsia portrait

 

Ses deux chevaux de bataille ? La condition de la femme et l’ouverture d’esprit de ses concitoyens. Armée de bombes de peinture, elle compte effacer les stigmates de la guerre et apporter un changement positif. « Je veux rendre l’Afghanistan célèbre grâce à son art et non par sa guerre », explique-t-elle au Art Radar. Par ses créations, Hassani espère montrer un autre point de vue de l’Afghanistan, qui soit moins synonyme de guerre et de violence que d’art et de beauté. Et, comme si la tâche n’était pas assez difficile comme ça, elle en profite pour remettre en question la place de la femme dans la société afghane.

 

Etre street artiste en Afghanistan

Alors que la burqa est souvent considérée dans les pays Occidentaux comme un signe de l’oppression des femmes, le problème en Afghanistan se situe sur un tout autre niveau. Pour l’artiste, qui porte seulement le voile, les véritables difficultés auxquelles sont confrontées les femmes sont les inégalités et l’accessibilité à l’éducation.

 

Et c’est justement la raison pour laquelle elle a décidé, en 2009, de se consacrer pleinement au Street Art. En effet, c’est une manière, selon elle, de rendre l’art accessible à tous. Pour autant, même si cette forme d’art là n’est pas illégale en Afghanistan, sa condition de femme et l’anti-américanisme du peuple Afghan l’empêche de travailler librement. « L’art moderne est un concept nouveau ici et les Afghans sont contre. Ils disent que c’est quelque chose que font les occidentaux. Pour moi, si l’artiste est afghan, alors le concept est afghan. » témoigne-t-elle, toujours au même journal.

 

shamsia regard des hommes

 

Les « dreaming graffiti »

Quand il devient trop dangereux pour elle d’exercer dans la rue, Shamsia Hassani se contente alors de dessiner ses graffs… sur des photos de Kaboul ! En reprenant des images de bâtiments, et en utilisant quelques coups de pinceaux, elle s’amuse à créer des fresques fictives dans une série qui porte bien son nom : “Dreaming graffiti ».

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Crédits: Olympus Digital Camera

Si Shamsia n’exerce pas sa passion aussi facilement qu’elle le souhaite, son travail d’artiste est mondialement reconnu. En septembre dernier, elle a été nominée pour le Artraker Award, un prix décerné par une société anglaise récompensant les auteurs des arts visuels qui « inspirent les individus et les organisations pour mieux comprendre et réagir aux guerres, aux conflits armés« .

 

Porteuse d’espoir et représentante d’un Afghanistan qui change, Shamsia Hassani n’est donc pas prête de lâcher ses bombes colorées !

 

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