Les rues d’Afrique du Sud font de la résistance

Les rues d’Afrique du Sud font de la résistance

On dit souvent que le Street Art est le mode de dissidence par excellence : il affirme la présence, crée de la solidarité, est facile à produire et difficile à réguler. Un peu partout dans le monde, des peuples entiers se sont mobilisés autour du Street Art: des murs en Tunisie, érigés en signe de résistance contre la dictature, jusqu’aux sud africains, peignant contre la discrimination raciale…

 

Des quartiers populaires s’illuminent grâce au Street Art

1994 : c’est la fin de l’apartheid, noirs et blancs sont égaux devant la loi. Pourtant, il existe encore aujourd’hui une ségrégation symbolique, visible dans l’organisation spatiale des villes. La périphérie noire est toujours séparée de la ville blanche, ce qui entraîne par conséquent une rupture des rapports sociaux. Le Street Art, lui, va contester cette politique de tri : aux murs propres et antonymes de la ville, les artistes opposent des formes colorées et des pseudonymes ; ils donnent un nom et une histoire aux ghettos sud-africains.

Certains, comme le street artiste Ricky Lee Gordon, cherchent à inspirer un véritable changement social en Afrique du Sud. Une de ses œuvres les plus parlantes à ce sujet a été placée à côté d’une gare, où des centaines de personnes différentes passent chaque jour. L’artiste y a peint un homme qui n’existe pas, qui n’est « ni vous, ni moi ». Son but : créer une atmosphère positive en proposant aux passants de discuter le sens de ces mots. De cette façon, il ouvre le dialogue entre l’œuvre et les habitants … et les habitants entre eux !

 

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Deux projets, un seul mot d’ordre : la solidarité !

L’art n’est pas à confondre avec la politique, mais à travers l’histoire, l’art a souvent été utilisé comme propagande politique, ou au contraire, comme critique du pouvoir établi. Une artiste sud africaine, Faith 47, a choisi de faire de son art un moyen de subvertir la politique du pays. Il y a deux ans, l’artiste a monté un projet appelé #Anotherlighup, basé sur du crowdfunding. Il donnait un accès libre et gratuit à l’électricité pour  les habitants d’un quartier de Cape Town, tristement connu pour être un haut lieu de crime… les rues n’étant pas éclairées ! Chaque fois que quelqu’un faisait un don d’argent pour financer ce projet, une lumière était ainsi ajoutée sur une fresque murale. #Anotherlightup est donc plus qu’une simple œuvre d’art : il redonne aux hommes la foi en leur capacité d’aider les autres.

 

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Le Street Art peut aussi rénover tout un quartier, comme l’a déjà fait l’association GRIND, initiée par Alice Cababaret et Jonathan Liebmann dans le quartier de Maboneng, à Johannesburg. Elle réaménage, à grand renfort de bombes et de pots de peintures, des lieux laissés à l’abandon. L’objectif ? Créer un espace de vie commun, où les citoyens peuvent se rencontrer et partager ensemble. Le graffiti « Stay Up » en est une belle illustration. Pour la petite histoire, un artiste avait demandé à un habitant du quartier de prononcer un mot au hasard, et « stay up » est devenue, aussi simplement que ça puisse paraître, une véritable œuvre d’art. En immortalisant la parole d’un résident sur un mur de Maboneng, l’artiste crée une certaine proximité avec les passants, leur permet de se reconnaître dans l’oeuvre et d’en partager les valeurs, la culture et l’histoire.

 

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L’association travaille également avec les habitants du quartier, qui deviennent eux-mêmes « artistes ». La « Betty Fox facade », supervisée par le street artiste sud-africain R1, a été réalisée et documentée par des habitants du quartier. 121 planches de bois ont été installées sur la façade d’un ancien entrepôt pour cacher… les graffitis qui la détériorait !

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Avec le Street Art, la rue est devenue un espace de démocratie, sortant l’art des musées et élargissant la sphère politique. Les fresques murales d’Afrique du Sud perçoivent ainsi une très forte résonance mondiale, surtout lorsque l’on sait qu’une partie de ses citoyens furent privés de leurs droits durant l’apartheid, soit durant près de 50 ans !

 

 

Les rues d’Afrique du Sud font de la résistance
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